La vie à Lou Valat

Quelques impressions, quelques souvenirs des séjours à Lou Valat

Jojo

En chemin vers Lou Valat, je me réjouissais de te revoir.

J'ignore par quelle magie tu savais, mais tu savais.

Les maisons à peine ouvertes, tu arrivais de ton air débonnaire te frottant à nos jambes, ronronnant de plaisir à l'idée de nous retrouver nous tous les bons vieux copains que tu n'avais pas vu depuis des mois.

 

Tu t'es appelé « Guismo » à l'origine mais pour nous tu as toujours été JOJO.

 

Une épaisse fourrure noire, de grosses patounes avec une petite griffe folle soignée par le véto de St Germain il y a longtemps.

Une voix un peu éraillée qui contrastait avec ta silhouette de grosse peluche.

 

Le matin, tu réclamais tes croquettes mais le plus souvent tu étais discret: voler à la cuisine ce n'était pas ton truc.

 

Il te suffisait d'être là en compagnie, sur des genoux accueillants, à te faire dorloter ou blotti au creux du fauteuil en rotin, confortablement installé aux premières loges pour les soirées contes ou les veillées chansons au coin du feu.

Si certains ne recherchaient pas particulièrement ta présence, d'autres t'auraient laissé dormir là près de l'âtre, surtout quand les nuits fraîchissaient à l'automne (certains l'ont même fait, chut! ).

Tu as rejoins le paradis des chats cet été,  sur les terres de tes maîtres Gérard et Sabine qui ont toujours veillé sur toi quand nous n'étions plus là.

Tu reposes à portée du cœur de tes amis sous le figuier.

 

Cet automne, en rentrant un soir de la Fare, j'ai bien cru entendre un petit miaulement qui te ressemblait ou n'étais ce que le bruissement du vent dans la vigne....                  Corinne Janson



Le bruit fermer et sourd

Le bruit ferme et sourd de la poire         

qui tombe de l’arbre
               le silence absolu dans lequel
vole l’insecte
  les fragments bleus du ciel
épars entre les feuilles

de la vigne,
en treille au-dessus des yeux,
leur vert acide et lumineux
aussitôt assombri et redécoupé en
une nouvelle feuille sur
leurs revers d’ombre,

 le noisetier qui tient
à son buisson
et la table qui accueille toujours

les coudes

ne préférer
non pas une chose mais
la chose et son opposé,
prendre souci de soi
aussi bien que de l’étrange,
faire œuvre de rigueur et
d’adaptation,
  et que la discrétion
soit notre façon d’apparaître.

 Lionel Roubin



Les potirons cévenols


Ce légume est cultivé dans tous les jardins. Au printemps, près du tas de fumier de chèvres et à proximité de la citerne de récupération de l’eau du toit – on est écologiste dans ce pays depuis longtemps –, le cévenol sème une dizaine de graines qu’il a prélevées dans le ventre de son plus beau potiron de l’année précédente. Fin octobre, un groupe d’énormes légumes orange, le ventre rebondi, monte la garde devant la maison, et le promeneur peut admirer les cucurbitacées géantes qui seront transformées tout l’hiver en bonnes soupes, en gratins, en confiture ou en flans.

Pourquoi donc le cévenol garde-t-il une fidélité à ce légume alors qu’il a disparu de nom­breuses tables ?
Tout simplement parce que le potiron (certains l’appellent encore “grosse courge” comme jadis) a été pendant la guerre des Camisards contre les soldats du roi, un vaillant auxiliaire. Les dragons qui n’avaient pas toujours suffi­samment à manger ou qui voulaient améliorer leur ordinaire volaient les potirons. Lorsqu’ils arrivaient à leur camp, les voleurs plaçaient la cucurbitacée au milieu des braises du feu.

Le légume protégé par sa peau cuisait à l’étouffée. Il ne restait plus aux soldats qu’à l’ouvrir et à manger la chair, à la cuiller, en ajoutant un peu d’huile et du sel. Un paysan qui avait vu disparaître ses deux plus beaux spécimens décida de se venger. Il fit un petit trou dans les potirons qui se trou­vaient près du chemin, les creusa pour enlever un peu de chair qu’il remplaça par un mélange de salpêtre, de poudre de charbon de bois et de soufre, reboucha soigneusement et attendit. Bien sûr, un dragon chaparda une des courges piégées, la ramena au bivouac et la posa sur le feu. Quelques instants plus tard la courge explosait en maquillant les visages des soldats du roi. Effrayés, ils se sauvèrent dans tous les sens.

D’autres explosions retentirent les jours suivants, à la grande joie des cévenols. Les dragons croyaient que c’était le diable qui provoquait les détonations. La recette du pétard fut transmise par le bouche à oreille. Les explosions se multiplièrent, bientôt les vols cessèrent et les pauvres paysans purent continuer à produire des potirons, et donc à se nourrir.
Et, si nous commencions la culture à Lou Valat ! Nous pourrions alors fêter “Halloween” à la Toussaint en mémoire des malins camisards qui ont habité Vernet.

Edmond



« Il est en Cévennes un village accroché, de loin il apparaît ; il est bien petit, mais il me plaît. Ici les murs ont le silence centenaire des paroles effacées, ici les pierres ont la sécheresse des mains calleuses. Village vu de nulle part, au bout du sentier. Source de bien-être, environnement pur, lieu magique : Lou Valat. »

Alain

« La chose qui me paraît la plus importante à Lou Valat est le respect de l’autre, l’acceptation de l’autre tel qu’il est. Puis viennent en suivant, la convivialité, le partage ainsi que la simplicité dans les relations. Il me semble important qu’une association telle que Lou Valat perdure afin que continue à exister un lieu où chaque individu puisse être soi en toute authenticité, simplicité et... sécurité.
Sur le plan matériel, le côté rustique du lieu me paraît important à conserver ainsi que l’aspect communautaire. »

Hélène

« D’abord la magie du lieu. Le paysage, ce chemin qui n’en finit pas, l’impression d’arriver au bout du monde et de se retrouver chez soi dans ce super petit hameau avec ses maisons de lauzes imbriquées les unes dans les autres.
Un lieu associatif où les gens viennent en acteurs et non en consommateur. Un lieu de stage où les animateurs viennent faire partager ce qu’ils aiment en toute simplicité et convivialité. »                                                                                       Lizza


« Ce que j’aime à Lou Valat : se retrouver en groupe, participer à une même activité qui nous relie. Marcher dans la nature en pays cévenol. »                                                                                                               Monique

« Il est primordial de garder l’implication de chaque stagiaire dans la préparation des repas et l’organisation matérielle de la maison. C’est le moyen de passer de “consommateurs” de stages à “participants” puis à “membres” davantage impliqués dans la vie de l’association. Cela permet de réduire le prix des stages et ainsi à des gens aux revenus modestes de venir. Côtoyer d’autres personnes, échanger avec elles constituent la véritable “valeur ajoutée” de Lou Valat. »

Bernard

« Ce que j’aime à Lou Valat, c’est la convivialité, le partage des tâches, la vie un peu précaire mais si chaleureuse et le fait qu’on s’y sente un peu chez soi. »

Sylvie

« C’est la multiplicité de tous les dons propres à chacun et partagés entre tous qui fait de Lou Valat un lieu vivant et créatif car chacun s’y sent accueilli comme ayant une valeur unique et précieuse. »                                                                                  Pierre